Effrayée de tout, elle s'est bâtie une forteresse; elle vit ainsi enfermée à double tour dans un asile personnel de coussins et de couettes, toujours chaudes et propres, de beaux paysages tantôt éclairés par le levé d'un soleil timide entre les branches, tantôt bercés par des lunes bleutées et maternelles. Des mélodies utopistes finissant de dépouiller chaque pièce du moindre indice d'anxiété, la solitude embrassant tous les recoins de son être de baisers de coton.
Pourtant, malgré ses efforts incalculables pour que sa tour d'illusions s'élève assez haut dans les nuages, bien qu'elle aie fuit le monde, les angoisses, banni tout ce qui pique, griffe, tranche, brûle ou coupe, alors qu'elle a passé tant de temps à oublier, à ne plus y penser,...
le monstre habitant dans sa poitrine ne la quitte pas.
Le matin, quand elle se lève et se concentre comme elle le peut sur sa routine, il se change en écho, à l'affut... Au premier signe de faiblesse, il saute sur l'occasion et répète après elle: "Inutile... banale... triste... insensé... pourquoi?... laide... arrête". Elle s'échappe, encore une fois, elle se nourrit des autres histoires, des autres démons, des autres sourires, elle voit tous ces gens qui se débrouillent bien mieux qu'elle et elle se réjouit un peu, tout doucement, jamais trop fort, car il est toujours là.
Si par hasard ou par sa faute, elle se perd dans les histoires qui ressemblent trop aux siennes, celles qui font pleuvoir sur ses joues, il se met à gronder; il se réjouit à son tour. Un cri tonitruant retentit alors: Le démon a rassemblé toute la douleur et s'en sert comme d'une dague impitoyable pour transpercer ses organes, mouillant à nouveau son âme de ce liquide rouge et invisible jusqu'à ce que la rage resurgisse, qu'elle l'envahisse entièrement et qu'il puisse enfin la posséder sans contraintes, chaque particule convertie à lui, trempée. Crampes remontant jusqu'à la cervelle.
Enfin, elle s'endort, amnésie libératrice, en attendant la sentence du lendemain.