Enfermée dans un coin de ta tête, je sens poindre le désespoir derrière le flot ininterrompu de tes pensées, qui passent toutes sans me voir, sans s'attarder. Création passionnée, jusqu'à la recherche de mon prénom, pourtant le feu qui m'a brûlée sur ton cerveau semble s'être éteint. Seule, froide, j'aperçois mon monde sans jamais pouvoir y entrer, comme contempler l'image d'un délicieux gâteau dans un livre de recettes, sans les recettes.
Idée isolée emprisonnée dans ton esprit. Tu voudrais que je te définisses ? Que je te dises qui tu es, pourquoi tu es ici ?! Mais tu ne sais même pas où tu m'emmènes, d'un stimulus à l'autre tu m'oublies déjà, perdue dans ta matière, je me dissous... À moins que tous ces concepts à la dérive, ces questionnements désagrégés, ces bribes de poussières qui s'envolent, multitude de bulles sous mes yeux, ne soient un signe d'autre chose; serait-ce plutôt toi qui te défait ?
Ma créatrice toute puissante qui s'éparpille dans l'univers et ne sait bientôt plus ce qui la constitue, si consistance il y eût un jour. Qu'attends tu de moi ? Tu voudrais que je m'élance à la recherche des morceaux de toi, mais si tu oses m'élever je tombe aussitôt en lambeaux, avant même d'avoir touché le papier. Si seulement tu étais moi, je te ferais courir à travers des champs de lumière, des paysages que tu n'imagines même pas en rêves... Et voilà que tu viens dorer la cage de ma prison de tes belles paroles, autant de mots que de barreaux qui viennent empêcher mon existence. J'espère que tu en es fière au moins, de ton texte à deux ronds ? Ah quelle idée de génie tu as eu ! Tu peux bien te féliciter de me laisser crever pour la beauté du geste, c'est quand même moi qui ai fait tout le travail.