•  Un petit exercice de portrait chinois que j'avais trouvé assez amusant à faire et qui traînait dans mon carnet. Sentez vous libre de le faire à votre tour si le thème vous inspire ^^

    la foto é 2 mwa


    Si j'étais la Grande Faucheuse,
    le monde n'aurait probablement plus beaucoup de sens. J'aimerais ça pouvoir vous dire que je ferais un bien meilleur job que mes prédécesseures, mais ce serait juste un beau mensonge. Je suis pas si originale que ça, je voudrais que tous les enfants soient épargnés, que les animaux soient plus forts que les voitures. Je supporte pas bien la chaleur, je voudrais passer moins de temps en Afrique et plus en occident, ça ferait des guerres sans queues ni têtes et des militants tout déboussolés.

     J'arriverais pas à remplir les quotas, je me retrouverais à enlever des gens à contre cœur et au hasard toutes les fins de mois. Ça me rendrait folle. Entre le stress et les responsabilités, je pense bien que je ferais une dépression à chaque renouvellement de mon CDI. Puis surtout, vous pensez pas à l'abri avec une Faucheuse instable comme moi juste parce que je pleure devant les petits chatons perdus dans la rue. Si il y a une chose de certaine, c'est qu'un jour je craquerais, j'essaierais de choisir entre la vie d'une bénévole pour Amnesty qui parle au théâtre et celle d'un activiste environnemental qui dit "comme même" et je finirais par éradiquer jusqu'au dernier être humain de cette planète. Probablement jusqu'au dernier moustique aussi.

     Vraiment, votez pas pour moi, la Grande Faucheuse comme elle est maintenant, elle est pas bien facile à aimer, mais elle accompli sa tâche de la seule façon possible pour que le monde continue de tourner : sans raisons et sans équivoque, dans le juste déroulement des choses comme dans l’injustice la plus insensée.

     


    21 commentaires
  • 24/10/2019

     Les jours commencent à raccourcir et la nuit tombe de plus en plus tôt sur le petit détour que j'emprunte pour rentrer chez moi, par les ruelles. J'aime laisser mon regard se promener au-delà des petites cours et des arbres rougissants, sans toujours chercher à comprendre, je fais simplement défiler ces tableaux d'intérieurs montréalais au fil de ma marche. J'aperçois alors mes voisins, l'une buvant un verre de vin devant la télévision, l'autre assis face à son ordinateur, les sourcils froncés et les yeux rouges.

     Cette fois, c'est un couple de nouveaux arrivants qui m'interpelle. Diverses caisses et boîtes en carton encombrent encore leur salon mais cela ne semble pas les empêcher de profiter de leur soirée. Plusieurs bouteilles de bière, vides ou entamées, sont dispersées de ça et là, j'en remarque même une posée dans un pot de fleur. Il me semble aussi reconnaître les airs d'un album du groupe "The Clash", ils dansent, sautillent, rigolent et finalement se laissent glisser jusqu'au sol, les joues roses et le regard "houblonneux".  Je reprends mon chemin avant que la banalité ne vienne déranger ce moment hors du temps.

    24/10/2020

     Je m'arrête une nouvelle fois devant la petite cours fleurie croulant sous les feuilles mortes, m'attendant à retrouver mon couple favoris, mais je ne vois que la femme, que j'ai rebaptisée Julie. Elle est adossée contre le lit cage, ayant pris la place de la table-basse depuis quelques mois. Elle fixe son téléphone, ses longs cheveux tombant en rideau devant son visage, plusieurs mèches collent à ses joues mouillées de larmes et ses yeux sont rouges...

     Alors que j'essaie de distinguer l'écran de son portable, montrant plusieurs appels manqués, je vois celui-ci voler à travers la pièce pour aller s’exploser contre le mur. Julie s'est relevée d'un coup pour lâcher un cri qui traverse la vitre et vient me gifler les tympans, sa mâchoire semble vouloir se décrocher. Mais les pleurs du bambin suivent sans tarder, noyant ceux de sa mère. Elle se calme, prends son bébé dans ses bras et je me remets en route. C'est stupide, mais j'ai les larmes aux yeux.

    24/10/2021

     J'ai un peu peur en regardant par la fenêtre aujourd'hui, ma curiosité m'y pousse, pourtant je ne suis plus sûre  de vouloir savoir ce qu'il se passe au numéro 6556. L'homme, qui a hérité du nom de Valentin, est assis sur le canapé, muni d'un marteau. Il maintient une noix de coco sur la table d'une main, aux articulations blanchies par l'effort, et frappe de l'autre. Julie est assise sur les marches, un peu en arrière, elle tient sa fille sur ses genoux, l'aire inquiet. Je ne comprends pas tout de suite pourquoi, mais l'anxiété commence à me gagner également.

     Il assène chaque coup avec plus de haine, l'outil menaçant de partir en arrière à chaque levée et oscillant dangereusement de gauche à droite à chaque descente. Bientôt, le fruit est fendu en deux, puis en quatre, puis en une multitude de morceaux alors que le marteau s'abat sur la table. Le jus de la noix de coco s'échappe de partout, la chaire est parsemée de copeaux de bois, Valentin ralentit enfin la cadence pour s'immobiliser, le regard vide.

      Quand le marteau se défait enfin de la poigne de son père, en marquant un coup sur le plancher, la petite fille enfuit la tête dans la poitrine de sa mère et se met a sangloter. L'homme se retourne pour voir sa femme, ils restent ainsi de longues minutes, aucun bruit ne semble pouvoir perturber le silence mortel de leur échange. J'ai peur, moi aussi, de détourner le regard et de mettre en péril cette accalmie. Il faut que j'y aille.

    24/10/2022

     Un grand panneau "À vendre", affiché en plein milieu de la fenêtre, barre la route de mon regard. Assis dans leur petite cour, choppe de bière à la main, Julie et Valentin discutent à voix basse. Je m'apprête à repartir lorsque j'entends quelques éclats de rires, comme des ailes de papillon brisées, virevolter devant l'appartement désert.

     


    4 commentaires
  • Respire le vide
    Expire le silence.
    Et les couleurs grises
    Explosent nos poumons.
    Ferme la tête !

    Vertige
    Je tombe sur le rien
    Et m'éclate les mains.

    Mâchoire se décroche
    S'envole vers la lumière
    Arraché, papillon-dentier
    Du sang blanc
    Sur les gencives.

    Tu le vois ?
    Mes yeux deviennent
    noirs.
    Tu les vois ?
    Mes deux yeux brûlent.

    Sous les globes calcinés
    Mon regard effrité
    Ton reflet disparu.

    J'ai peur,
    Déchire mes veines !
    En éclats sur l'univers.
    Mords les, croques-y
    À pleines dents, maintenant.

    Meurs. Si tu approches
    Ton être est désintégré,
    Ta main se dissous dans la mienne.

    Respire le vide
    Expire le silence.
    Et les couleurs grises
    Explosent nos poumons.
    Ferme la tête !

    Tu t'en vas ?


    2 commentaires
  •   Purifier par le Feu

     
      Les rayons du soleil s'écrasaient sur la  grande baie vitrée de l'aéroport de Gdansk Lech Walesa, qui les rejetait
    d'un grognement éclatant sur le bitume blanchi de lumière du parking. L'été polonais ne pardonnait pas et Arthur avait à peine mis un pied hors du terminal qu'il sentait déjà sa chaleur s'écraser sur ses épaules. Tout en contemplant les pistes dessinées sur les champs, complètement desséchés, il se dit que, pour une fois, l'univers et lui étaient tombés d'accord sur un point : tout devait brûler. C'est encore à cela qu'il pensait en arpentant les rues de la ville colorée et il n'avait pas changé d'idée quand il se retrouva face à l'église qu'il cherchait.

      Caché derrière une pierre sombre du petit cimetière catholique, il s'installa, aussi confortablement qu'on puisse l'être sur une tombe, pour attendre la venue de la nuit. Il relisait religieusement "Les Reliques de la Mort", sixième volume de la saga Harry Potter, et il eut une pensée émue pour J.K., sa mère adoptive, qui serait sûrement très fière de lui en ce moment. Une fois la pénombre assez dense à son goût, il se signa le front d'un éclair puis força aisément l'entrée mal verrouillée du lieu du culte. Un frisson le parcourut à l'idée de se tenir sur les lieux du crime, à l'endroit même où ces exécrables "prêtres" polonais s'étaient adonnés à leur immonde rituel. Alors qu'il progressait à travers la nef,  les tremblements frénétiques de ses lèvres se muèrent en paroles : "Le Seigneur des Ténèbres s'est relevé, son armée de fidèles mangemorts est parmi nous et le monde est à nouveau sur le point de basculer dans le chaos. Seul l'Être Élu apportera la lumière salvatrice. Seul l'Être Élu peut éradiquer le mal."

      Sur ces mots, il arrêta ses pas devant l'autel, déboucha le petit bidon d'essence acheté en chemin et en versa le contenu sur le meuble en bois avec une lenteur rituelle. "Ô sorciers légendaires, sauveurs de l'humanité, ces impies ont tenté de détruire votre souvenir en s'en prenant aux Écrits, en invoquant la censure et leur Dieu moldu en excuse. Hors, j'y vois clair, j'ai juré d’honorer votre mémoire et de pourfendre vos ennemis. Que ces flammes purificatrices calment vos souffrances, qu'elles lavent l'outrage qui vous a été fait et apaisent vos cœurs tourmentés. À vous qui m'êtes venus en aide, éclairant les nuits les plus ténébreuses, laissez moi apporter la lumière."           " Incendio." Arthur alluma son briquet et posa délicatement le feu sur l'autel luisant.

     

    En Pologne, des prêtres brûlent des livres des sagas Harry Potter et Twilight

     Purifier par le Feu

     

    PS.: J'ai eu la mauvaise idée de copier-coller le titre de l'article, je l'avais mis en haut du texte, ekla refusait de modifier la mise en page, j'ai abandonné. J'ai tout recopié depuis mon carnet, finalement j'ai voulu mettre le lien en bas et remonter le texte, qui a pris la mise en page du titre, que j'arrivais plus à changer, j'avais pas sauvegardé, j'ai copié-collé-effacé dans tous les sens, y avait du gras italique caractère 14 partout, j'ai perdu le deux paragraphes. J'étais à ÇA de rage-quit. Je l'ai pas fait, je vous le dis parce que vous avez peut-être aimé le texte, ou pas, chacun ses goûts, mais j'ai besoin que mes efforts soient appréciés, pour pas avoir brûlé mon ordi (mise en abîme o__o) ou éclaté mon clavier avec ma tête. Voina T^T.

     


    5 commentaires
  • Une ombre s'étend,
    Coupe ton visage,
    Bleu, mauve puis rage
    Le module pend

    Tourne autour de tes
    Pupilles dilatées,
    Iris éclatés
    Figés dans le lait

    Perle sous ton œil,
    Rond blanc et nacré,
    Une goutte évadée
    Sur tes cils en deuil,

    D'un coup elle se fend,
    Vient blanchir ta joue
    D'une épaisse boue,
    Ensabler tes dents

    Les couleurs te quittent.
    Le froid t'envahit.
    Tout le bruit s'enfuit.
    Tu reste sans suite,


    7 commentaires


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique